Validation de biomarqueurs sanguins prédisant une récidive de la maladie de Crohn
La maladie de Crohn fait partie des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), elle se caractérise par une inflammation localisée le plus souvent dans l’iléon (partie distale de l’intestin grêle) et le colon. Cette maladie incurable évolue par phases de poussées inflammatoires espacées par des phases de rémission. La chronicité de ce comportement intermittent entraîne des risques de complications graves (ex : perforation intestinale, fibrose et cancer).
L’administration d’anticorps dirigés contre une protéine pro-inflammatoire (tumor necrosis factors-α : TNF-α) est devenue la pierre angulaire des traitements de la maladie de Crohn. Lorsque ces biothérapies induisent la rémission, leurs retraits pourraient être envisagés, tant pour des questions de coût, que pour les risques d’effets secondaires ou par préférence du patient. Cependant, la récidive étant imprévisible, le retrait des biothérapies n’est à l’heure actuelle pas recommandé. Dans ce contexte, la recherche de biomarqueurs prédisant la récidive est une priorité pour les patients et les cliniciens. De manière plus générale, pouvoir anticiper le futur des patients est un élément clé dans le développement de la médecine personnalisée.
En 2020 et 2022, l’équipe du Laboratoire de Gastroentérologie Translationnelle (GIGA Institute) avait découvert des biomarqueurs sanguins prédisant, chez des patients ayant la maladie de Crohn, la récidive à court (< 6 mois) et moyen/long-terme (> 6 mois) après l’arrêt de la biothérapie (cohorte STORI) (Pierre N. et al., Gut 2020 et Gut 2022).
Grâce à une nouvelle étude du Laboratoire de Gastroentérologie Translationnelle, l’intérêt d’une quinzaine de ces biomarqueurs a été confirmé par l’analyse d’une cohorte indépendante (SPARE). Ces biomarqueurs pourraient permettre de détecter de manière précoce la réactivation de la maladie de Crohn et, ce faisant, soutenir ou décourager la décision de retrait des anti-TNF-α.
L’étude a été réalisée grâce une collaboration interdisciplinaire. La mise en place de la cohorte a fait partie du projet européen H2020 Biocycle, auquel ont participé 64 centres en Europe et en Australie. La validation des biomarqueurs s’est notamment appuyée sur le développement d’une technologie de protéomique (selected reaction monitoring) utilisant la spectrométrie de masse. Cette technique, développée en collaboration avec la plateforme protéomique du GIGA Institute et le Laboratoire de Spectrométrie de Masse, a permis la mesure précise et simultanée de 70 protéines dans le sang d’environ 300 patients. Enfin, l’analyse des données a été réalisée en collaboration avec le département d'électricité, électronique et informatique (Institut Montefiore) de l’Université de Liège.
Source
External validation of serum biomarkers predicting short-term and mid/long-term relapse in patients with Crohn's disease stopping infliximab
Nicolas Pierre, Vân Anh Huynh-Thu, Dominique Baiwir, Gabriel Mazzucchelli, Maximilien Fléron, Lisette Trzpiot, Gauthier Eppe, Edwin De Pauw, David Laharie, Jack Satsangi, Peter Bossuyt, Lucine Vuitton, Sophie Vieujean, Jean-Frédéric Colombel, Marie-Alice Meuwis, Edouard Louis, GETAID and the SPARE-Biocycle research group.
Gut, 2024.
