Publication dans IMMUNITY

Avancées dans la compréhension des éosinophiles



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©️ GIGA

Les éosinophiles sont des cellules spécialisées de notre système immunitaire. Elles se reconnaissent à leurs granules distinctifs se colorant en rouge après traitement avec un réactif acide, l'éosine, à l'origine de leur nom. Les éosinophiles sont normalement rares dans notre sang et nos tissus, et comptent pour environ 3% de nos globules blancs. Leurs rôles biologiques restent mal compris, mais des études récentes proposent que les éosinophiles participent au contrôle de notre métabolisme graisseux, à la réparation de certains de nos tissus, ou encore qu'ils nous aident à combattre certaines infections et cancers.

Au-delà de leurs potentielles actions bénéfiques, les éosinophiles ont généralement mauvaise réputation auprès des médecins. En effet, dans certaines maladies très fréquentes telles que l'asthme ou la rhinosinusite allergiques, les éosinophiles sont anormalement nombreux dans le sang et les tissus. On parle alors d'éosinophilie. Elle est un signe clinique aidant au diagnostic de ces maladies dites "à éosinophiles" et aiguille leur traitement. On sait que l'éosinophilie est soutenue par une production accrue d'éosinophiles par la moelle osseuse. On sait aussi depuis les années 1990 qu'une protéine de signalisation particulière, la cytokine Interleukine-5 (IL-5), est indispensable à l'éosinophilie. Ceci a conduit au développement et à l'introduction sur le marché de thérapies de précision ciblant l'IL-5 à l'aide d'anticorps monoclonaux dans le but de traiter les formes sévères de maladies à éosinophiles. Les effets des traitements bloquant l'IL-5 sur les éosinophiles restent cependant peu décrits.

Le laboratoire d'Immunologie Cellulaire et Moléculaire (LCMI) de l'Université de Liège, sous la direction de Fabrice Bureau et Christophe Desmet, a voulu aider à mieux comprendre l'origine des éosinophiles et de l'éosinophilie, et les effets des traitements ciblant les éosinophiles. Comme l'explique Christophe Desmet, "ces questions souffraient auparavant d'une définition trop rudimentaire de la voie de développement des éosinophiles dans notre moelle osseuse". Deux doctorants du laboratoire, Joseph Jorssen et Glenn Van Hulst, ont combiné leurs talents en bioinformatique et cytométrie en flux avec l'aide des plateformes de Génomique et de Cytométrie en Flux de l'institut GIGA pour caractériser très finement, par différentes approches d'analyse de leur composition en protéines de surface et en ARN messager, les éosinophiles aux différents stades de leur développement. Bien que la souris reste un modèle de référence, une collaboration avec le service d'Hématologie du CHU et du GIGA a permis d'obtenir aussi une cartographie très détaillée et actualisée du développement des éosinophiles dans la moelle osseuse humaine, et d'en observer par la même occasion la conservation au cours de l'évolution.

Ce travail de caractérisation poussé fournit à la communauté des méthodes simples d'utilisation ainsi que des données bioinformatiques en libre accès qui faciliteront grandement les études futures des éosinophiles. A l'aide de ces ressources, la même étude a montré que l'IL-5 n'agit pas vraiment comme le croyaient jusqu'ici chercheurs et cliniciens. La plupart pensaient en effet que l'IL-5 favorisait la maturation des cellules allant devenir des éosinophiles et que les traitements ciblant l'IL-5 bloquaient cette maturation. "Notre étude soutient en fait l'hypothèse inverse", explique Christophe Desmet. « L'IL-5 ralentit la maturation des éosinophiles en devenir et leur permet ainsi de se multiplier plus longtemps. C'est en stimulant cette "amplification de transit" que l'IL-5 promeut l'éosinophilie et c'est en inhibant ce processus que les traitements ciblant l'IL-5 la réduisent ».

Cette étude fournit donc des ressources, des méthodes et des perspectives pour comprendre l'origine des éosinophiles, les effets des thérapies de précision actuelles, et la régulation du développement et du nombre d'éosinophiles en situation normale ou de maladie. Ce travail financé par le F.R.S.-FNRS, l'Université de Liège et le Fonds Léon Fredericq, publié dans la revue de premier plan Immunity, devrait ainsi contribuer à accélérer la recherche et développement visant à cibler ou utiliser les éosinophiles dans de nombreux domaines de la santé humaine.

 

Référence

Single-cell proteomics and transcriptomics capture eosinophil development and identify the role of IL-5 in their lineage transit amplification

Joseph Jorssen, Glenn Van Hulst, Kiréna Mollers, Benjamin G. Dewals, Fabrice Bureau, Christophe J. Desmet 
Published:May 21, 2024DOI:https://doi.org/10.1016/j.immuni.2024.04.027

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Christophe Desmet

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